Vendredi 6 février 2026 sur le quartier de Bellevue était organisé le cinquième rendez-vous du « groupe élargi », le réseau de structures, professionnel.le.s, habitant.e.s, entreprises et collectivités intéressé.e.s par la démarche d’expérimentation de caisses communes de l’alimentation sur les territoires de Nantes-Saint Herblain (urbain) et du pays de Retz (rural).
Cette matinée « Grand Angle avait pour objectifs de présenter l’avancée de la démarche, de détailler plus concrètement le travail de recherche-action participative menée au sein de l’expérimentation mais aussi de recueillir les témoignages et ressentis des premier.e.s concerné.e.s par l’expérimentation autour d’une table ronde les réunissant.
En première partie, c’est donc un point d’étape général sur la mise en action actuelle qui a été présentée : la démarche globale, les avancées sur le territoire urbain et le travail en cours sur le territoire rural.
Cette présentation a amené plusieurs questions des personnes présentes :
Les lieux conventionnés peuvent-ils dépasser la limite du périmètre choisi de l’expérimentation (Nantes Bellevue Chantenay Saint Anne) ?
Oui tout à fait et c’est un choix du comité habitant après avoir questionné le sujet de la mobilité dans l’acte d’achat. Une attention a été portée sur un accès facilité via les transports en commun, un critère qu’on retrouve d’ailleurs dans la grille de conventionnement. Une réunion début mars avec les commerces actuellement conventionnés permettra aussi d’échanger avec eux sur cet enjeu.
Une allocation de base de 100€ par personne puis 50€ par personne supplémentaire répond t-elle aux besoins alimentaires à couvrir pour un foyer ?
Le collectif SSA avait déterminé, avant les effets de l’inflation des 3 à 5 derniers années, un montant de 150€ pour permettre à une personne d’avoir accès à une alimentation choisie et de qualité.
A Nantes, une étude avait été menée il y a quelques années, post covid, et déterminait le budget moyen alimentaire par personne d’environ 200€.
Avant de faire ce choix local des 100€ + 50€, acté par le comité habitant, plusieurs scénarios financiers leurs avaient été présenté, qui influait sur le nombre de personnes qui aurait accès à la caisse, la répartition possible des cotisations en fonction de l’option retenue, ou bien encore la durée possible de la caisse commune en fonction des financements que nous avions mobilisés à ce moment là.
D’autres expérimentations ont été aussi présentées au groupe habitant : la caisse de Montpellier qui était d’abord parti sur 100€ par foyer, somme considérée après la première phase de l’expérimentation comme insuffisante pour une partie des expérimentateurs.trices, ce qui a amené une réévaluation dans la seconde phase; la caisse de gironde qui a travaillé sur un modèle à 150€ par personne et 75€ par personne supplémentaire dans le temps, ce qui semble avoir été difficilement tenable financièrement à moyen terme.
C’est donc sur cette base d’apports, de connaissances, de réalités budgétaires locales et d’inspirations sur d’autres territoires qu’a été décidée cette somme, considérée comme assez suffisante pour être impactante sur les pratiques alimentaires, et prudente en terme financier, mais effectivement peut-être encore trop faible pour couvrir l’ensemble des besoins alimentaires d’un foyer.
La recherche action adossée à la démarche devra notamment interroger cette question entre somme allouée et besoins couverts.
La caisse commune est destinée à des achats exclusivement alimentaires. Mais comment être certain, dans des commerces plus généralistes, que ce ne sont que des achats alimentaires qui sont effectués via l’allocation ?
Le projet s’appuie d’abord sur la confiance envers les personnes qui en font partie prenante. Le choix de conventionner des lieux et non pas des produits s’est posé mais s’est aussi vite heurté à la question de l’outil numérique et donc peu réalisable en l’état. Dans ces commerces plus généralistes, les salarié.e.s sont sensibilisé.e.s notamment car ils et elles ont l’habitude de travailler avec l’encaissement de tickets restaurant. Un récapitulatif des achats est aussi possible via Moneko. Mais Naturellement, les gens vont vers de l’achat alimentaire.
Concernant les commerces conventionnés, il y en a finalement peu sur le quartier prioritaire ce qui semble un peu dommage. Il y a pourtant un marché par exemple.
C’est une réalité et un questionnement récurrent des habitant.e.s. La réalité du paysage alimentaire sur le quartier est aussi celui ci. Celà interroge sur l’offre disponible, mais aussi sur, à moyen terme, et par notamment la sécurisation de la caisse sur un temps plus long, un accompagnement de l’évolution de l’approvisionnement des commerces non conventionnables en l’état.
Le groupe resserré (groupe pilote) compte notamment le kiosque paysan et Nantes Métropole qui pourrait travailler en ce sens et accompagner celà.
Concernant l’aspect financier de la caisse, et donc sa pérennité, il y a semble t-il de l’inconnu, d’autant plus que vous le montrez, la caisse nanto-herblinoise n’est autofinancée que pour moitié et doit être aussi alimentée par des financeurs tiers. Pouvez vous nous en dire plus ?
Il y a de l’inconnu sur la suite de l’expérimentation de la caisse commune de l’alimentation, c’est vrai.
Mais avant tout, rappeler que ce projet est d’abord une démarche de démocratie alimentaire et que cette dynamique peut et doit se poursuivre avec ou sans la caisse, avec et en dehors de la caisse.
Ensuite, dire qu’effectivement un tiers financeur semble nécessaire pour abonder la caisse, et ce qui est vrai à Nantes l’est aussi sur d’autres territoires.
Mais celà est aussi vrai car il y a un vrai choix de proposer un autre modèle de lutte contre la précarité alimentaire, et celà suppose donc des choix politiques volontaristes et donc un financement basé sur le soutien de collectivités ou de fondations.
Il aurait été possible de penser une caisse commune à l’équilibre entre celles et ceux qui cotisent moins et celles et ceux qui cotisent plus. Mais celà aurait alors amené à écarter du projet une partie des personnes déjà plus globalement exclues, plus vulnérables financièrement et donc plus enclins à subir la violence d’une alimentation non choisie, néfaste pour leur santé.
C’est donc aussi un choix dès le départ d’acter que la caisse commune ne sera pas à l’équilibre, parce qu’elle s’inscrit aussi dans la réorientation des financements publics et privés vers une agriculture vertueuse, vers plus de justice sociale, alimentaire.
Enfin, sur la pérennité de la caisse, il est évident que nous souhaitons et travaillons au fait de la pérenniser sur un temps plus étalé pour permettre des possibles changements d’habitudes et une réelle réappropriation citoyenne de l’alimentation. Un temps long qui permet aussi d’évaluer les effets de la caisse commune pour les habitant.e.s, paysan.e.s et professionnel.le.s qui y sont engagé.e.s.
Mais le projet local vise aussi et peut-être d’abord une visée nationale : l’expérimentation locale est donc envisager comme un laboratoire vivant et concret d’un nouveau modèle de solidarité et de justice alimentaire et agricole, un démonstrateur d’une nouvelle voie. A plus long terme, il n’y aurait que peu de sens à voir un projet de caisse comme à Nantes se poursuivre des années sans poursuivre l’objectif que ce travail infuse ailleurs plus globalement, au risque sinon de créer de nouvelles formes d’inégalités territoriales alimentaires à l’échelle nationale, entre des villes et villages qui pourraient financièrement soutenir ce nouveau modèle, qui politiquement souhaiteraient y contribuer, et des villes et villages qui n’y auraient pas accès.
Dans une seconde partie de la matinée, le travail lancé et à venir sur la recherche action et ses modalités a été présenté : Qu’est ce qu’une recherche action ? quels objectifs et quelles ambitions ? quels effets potentiels sur les paysages alimentaires, la justice alimentaire et les transformations du sytème agri-alimentaire ? quel.le.s modalités et protocole d’enquête ? quels degrés d’avancement de ce travail actuellement ?
En fin de matinée, autour d’une table ronde, les premier.e.s concerné.e.s par la caisse commune ont pu témoigner et apporter leurs éclairages et leurs vécus sur le projet : Olivia Godard et Fabien Dortel, habitant.e.s expérimentateur.trice.s à Nantes; Christèle Ouary, habitante impliquée sur le comité habitant du pays de Retz; Yann le Bourlevec, producteur de volaille (Gaec des Hauts Roseaux) et présent sur le marché de la petite Hollande; Arnaud Martin, gérant de la Biocoop de Nantes Chantiers Navals. Difficile de reprendre l’ensemble de leurs propos, mais en voici quelques extraits :